dimanche 1 mars 2015

LE GRATIN - 29 - GSULF



Ce soir une émission consacrée au graffiti.

Réflexion et tour d'horizon en compagnie de GSULF qui défend une vision expérimentale de la chose.

18h — Radio Campus Paris — 93.9 fm

Ou en streaming sur le site de la radio : radiocampusparis.org

samedi 28 février 2015

PANORAMA BD - 6/6 - YASSINE

Cette année j'ai été frappé par la qualité des productions d'humour. C'est le cas depuis un certain nombres d'années déjà. Après deux décennies de règne de BD "sérieuses", de "roman graphique", d'autobiographies épaisses, de reportages et autres récits historiques, on revient à des choses plus enlevées. Des formes plus basiques et ça me convient très bien. L'humour à travers le dessin est quelque chose que j'adore.

Voici donc les 5 livres qui m'ont plut. Ils combinent qualités graphiques et humour au ton personnel.

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WALKING GAGS de Baptiste Virot
France - 2014 - 3 fois par jour - 16€

Un album basé sur un concept aussi minimal que idiot. Déclinaison d’un même principe : une première case ou un type marche dans la rue. Le champ des possibles est énorme, et en même temps c'est très circonscrit. Le titre est parfait au diapason du contenu. On pense à Don martin, à Édika, à Cow-boy Henk si on veut y voir des références car c'est avant tout un humour basé sur un style très personnel. Des idées très spontanées qui sont amenées avec beaucoup d'aisance. Un album qui épuise son sujet avant de tourner en rond. C’est concis, c’est parfait. Un ouvrage qui ne paie pas de mine mais qui met très haut la barre de l'humour.

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UNE VIE DE FAMILLE AGRÉABLE d'Antoine Marchalot
France - 2014 - Les Requins Marteaux - 19 €

Je vous renvoie au post de l'émission que j'ai consacré à ce livre : ici

Un des livres important de cette année. Un ensemble de microcosme gagesque. A chaque page un univers et posé. A chaque page on est surpris. À chaque page on est impressionné par les nouvelles tentatives graphiques de l’auteur. À chaque page on rigole. D'autant que l'humour n'est jamais une fin en soir. Cet album semble une sorte de reflet déformant de la réalité. Antoine Marchalot déconstruit les éléments de notre monde pour en faire un truc bizarre, un peu flippant. La distance qui est présente dans l'album nous préserve de tout malaise de ses situations en vrau. Ce n'est qu'une BD. Ouf ! Dans cet album il semble avoir trouver le bon tempo pour exprimer son art. J'avoue avoir été un peu déçu par sa récente BD Un vrai guerrier ne meurt jamais même si ça signifie la mort ainsi que par ses BD trop longues à mon goût publiées dans Professeur Cyclope.

antoinemarchalot.tumblr.com

arbitraire.fr

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BERNADETTE d'El Don Guillermo
France - 2014 - Les Requins Marteaux - 12 €

Je vous renvoie au post de l'émission que j'ai consacré à ce livre : ici

Tentative de BD porno ultra réussie. Un des plus beau fleuron de la géniale collection BD Cul des Requins marteaux. Façonné en 2 mois ce récit de vacance olé olé , brasse humour, émotion, sexe hard et délire comique avec une énergie folle. On tourne les pages frénétiquement happé par l'histoire et saisi par l'imagination de l’auteur. Ses péripéties sont en fait tirés d'anecdotes bien réels agrégés avec talent par El don Guillermo pour faire ce récit si enlevé si frais.

La collection BD cul

eldonguillermo.com

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MEGG MOGG & OWL : Maximal Spleen & Magical Ecstasy Trip de Simon Hanselmann
Australie - 2014 & 2015 - Misma - 25 € & 22 €

Je vous renvoie au post de l'émission que j'ai consacré à ce livre : ici

Il y à de l'humour dans ce livre. Heureusement ! C'est même ce qui aide a faire passer la pilule, tant transparait à travers les péripéties de ses loosers un mal être. Mal être que l'auteur lui même semble avoir connu. Ces BD pourraient être imprimées dans des fascicules de préventions pour dissuader les gens de se droguer. Les bad trips s’enchainent et débouchent sur tout tas de sales moments : viol, scène de vomi, divers humiliations et autres bizarreries. Un précipité de mauvais esprit jouissif servi par un dessin attractif qui rend tout bizarre. Un bizarre dans le quel on se plonge avec une certaine fascination. Oui, car on éprouve, en tout cas moi, une délectation a regarder ses personnage se débattre dans leur bassesse. Mais pourquoi ? L’ambiance est tellement réussi, le récit tellement fluide qu’on se glisse là dedans comme dans une charentaise.

Sa page Tumblr

misma.fr

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WHITE CUBE de Brecht Vandenbroucke
Belgique - 2014 - Actes sud BD - 25 euros

Je vous renvoie au post, avec une interview, que j'ai consacré à ce livre : ici

Ce mélange de BD à l'ancienne, dans la plus pure tradition belge — on pense à Quick et Flupke, Bob et Bobette - et d'un style d'illustration très actuelle, avec de la peinture, propose un discours critique muet et intelligent sur l’art moderne et Contemporain. Les gags en quelques pages traitent avec affection où distance le sujet. L’aspect pictural s’accorde parfaitement avec le thème. C’est beau et drôle, intelligent et sensible. Critique mais juste.

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Si l'année fut dominée par des productions drôles, il y a  évidemment de beaux contre exemples.







JULIO de Gilbert Hernandez
USA - 2014 – Atrabile – 19 euros

Cette bd m’a été conseillée par Thomas Gabison. Merci à lui. Ça me fait penser que sans ce réseau de gens, d’amis amateurs d’images avec lequel je peux échanger et discourir sans fin, ce blog serait sans doute beaucoup moins intéressants.

Difficile de décrire la sensation qu’on éprouve en lisant cette BD.

Gilbert Hernandez raconte la vie de Julio né en 1900 et qui a vécu 100 ans. À travers la vie de cet homme l’auteur raconte la vie d’une famille et sa traversé dans un siècle mouvementé. En lisant cette BD on a l’impression qu’à l’article de la mort Julio revit à toute allure - et nous avec - une vie bien remplie où drames et moments de joie se sont succédé. Le livre fait 100 pages et il consacre plus ou moins une page à chaque année. Ce postulat de départ paraît impossible à tenir. Comment faire naitre l’émotion en résumant autant les choses. L’art de l’ellipse et de la concision est rarement aussi bien développé en BD. D’autant que les personnages parlent peu. Les ambiance sont développer en quelques images, elles vous happe et le tempo rapide de l’ouvrage vous entraine dans un récit romanesque ou on ne voit pas le temps passé. La maitrise de la narration est tout sauf ostentatoire. Il n’y aucun effet de style. C’est épuré. À vrai dire je ne m’explique toujours pas comment ça marche.

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Pour finir une réédition que j'aime beaucoup :



PROKON de Peter Haars
Allemagne / Norvège - 1971 - Matière - 13 euros

Je vous renvoie au post de l'émission que j'ai consacré à ce livre : ici

Peter Haars est un graphiste allemand qui a fait carrière en Norvège. Il est inconnu en dehors des frontières de ce pays.

C'est très rare les graphistes qui font de la bd. Là c'est le cas avec ce très court récit parodique sur la société de consommation au style entre Ferraille et Guy Pellaert. Des pages composées de manière ultra-graphiques dans un noir et blanc très travaillé. Répétitions, symétries : des principes de composition qui procèdent d'une logique de dessin puis de montage. Les éléments sont copiés et combinés. Cette démarche graphique est au service d'un récit ou la reproduction industrielle est un des enjeux de l'histoire. Au final il s'agit d'un récit fluide et enlevé constitué d'un beau collage de tout un tas de référence très représentatives de l'époque ou elle a été dessiné, en 1971. Mais cette BD traverse super bien les époques et se révèle très moderne aujourd'hui. Oui, La BD norvégienne gagne à être connue.

peterhaars.no
matiere.org
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Merci à tous les participants de ce panorama.
Merci d'avoir pris le temps de se creuser la tête pour choisir quelques livres dans la production récentes.

vendredi 27 février 2015

PANORAMA BD - 5/6 - THOMAS GABISON

Thomas Gabison est désormais connu pour être l'éditeur inspiré qui officie depuis 10 ans à la tête de la collection BD Actes sud et qui a aidé à faire connaître en France, entre autre, Brecht Evens, Gipi, Rutu Modan, Anders Nilsen. Éditeur imprévisible capable de dénicher des auteurs chinois tel que Ted Hok Tak Yeung mais aussi d'éditer pour la première fois en france un classique américain du livre jeunesse méconnu chz nous. Je parle du génial : De l'utilité des donuts. Une vraie pépite pour les enfants, pour tous, comme tout les bons livres jeunesse.

C'est aussi un graphiste de l'ombre assez doué, mettant en valeur discrètement certains projets, livres disques, revues,… Il est aussi libraire depuis plus de 20 ans tout les dimanches à La BD à Paris. Je l'ai vu obligé des gens à reposer le dernier Astérix ( l'ultime fait par Uderzo) et leur demandez d'acheter autre chose pour le bien de leurs neurones. Il est aussi officiellement le plus gros vendeur de bd de Bruno Heitz.

Il ne cède jamais à la facilité et se bat pour changer un peu les mentalités et imposé des choses différentes. Un travail de fond sur le terrain aussi bien en tant que libraire que en tant qu’éditeur ou il essaye de faire les choses différemment.

Son ouverture est très grande car si la bande dessinées est l'ADN qui l'a constitué, comme un peu tout les amateurs d'images, il sait s'intéresser a toutes formes d'art et je pense qu'il le prouve avec sa sélection qui va tout azimut.

actes-sud.fr/rayon/bande-dessinee

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ROSY C'EST LA VIE de Maurice Rosy
Belgique - 2014 - Dupuis -

Maurice Rosy raconte à José-Louis Bocquet et Martin Zeller comment un fils de cloutier, dessinant en cachette de son père, devient "donneur d'idées" chez Dupuis. L'inventeur de CHOC, des mini-récits, le premier éditeur de Schultz en Europe se laissait faire par le moelleux des choses jusqu'à avoir la sagesse de s'arrêter quand il eut l'impression de ne plus comprendre son époque. Philippe Ghielmetti le grand ordonnateur des illustrations et archives qui rythment le récit.

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LENZ de François Olislaeger et Mathilde Monnier
France - 2014 - Fim d'animation

François Olislaeger crée un personnage, un double, un Tintin au pays du sensible. Contrairement à beaucoup d'auteur solitaire, il dessine pour rencontrer l'autre. Quand il a rencontre Mathilde Monnier à Avignon alors qu'il dessine ce qui deviendra ses Carnets d'Avignon, il dessine le travail de la chorégraphe, pose la question entre autre de la représentation du mouvement et de la danse, s'ensuit le spectacle Qu'est-ce qui nous arrive ?!? Dans lequel le dessin intervient sur la scène avec des danseurs amateurs puis un dessin animé Lenz retour sur un spectacle de Mathilde autour de la marche et de la création. Pour François, se pose ici la question d'animer le marcheur sous toutes ses formes et du documentaire en dessin animé. Passionnant questionnement.

olislaeger.wordpress.com

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TOPOR DESSINATEUR DE PRESSE D'Alexandre Devaux
France - 2014 - Les cahiers dessinées - 39 €

La Maison Rouge, de juin à septembre 2014,  a présenté la collection d'Antoine de Galbert 1200 œuvres organisées de manière aléatoire selon un algorithme sur les murs de la fondation. La machine à algorithme a décidé de placer un seul petit dessin de Roland Topor sur un mur presque à raz de terre. Encore un fois Topor était caché, illisible, invisible... à quand le triomphe ?!
Les cahiers dessinés ont publié cette somme colossale et merveilleuse et que l'on voit en librairie
et à l'expo des cahiers dessinés à la halle st pierre jusqu'14 aout 2015

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KABOOM
Revue Trimestrielle - 7,95 €

Ce qui manque à la bande dessinée, c'est de la critique. Des passeurs (et pas des chroniqueurs) qui cherchent dans cette langue "nouvelle" ce qu'elle dit du monde. Si la langue est mal lue, elle ne dit rien elle fait flop pim pam poum. Kaboom est là depuis peu et ça fait un bien fou.

À lire l'interview de Par Mills sur La guerre selon Charlie (Dans le N°4) où comment les anglais et les irlandais ont réalisé une BD populaire et politique se servant du support pour dressé un portrait de la classe ouvrière.

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A HELL OF A WOMAN ( UNE FEMME D'ENFER ) de Jim Thompson - Illustré par Thomas Ott
USA / Suisse - 2014 - La Baconnière - 25 €

Un des plus beau livre de l'année !

editions-baconniere.ch

jeudi 26 février 2015

PANORAMA BD - 4/6 - SAMMY STEIN

Dessinateur, auteur de BD, Sammy Stein fait parti de ces personnes qui ne peuvent s'empêcher d'initier des projets. Projets personnels tout d'abord : de nombreux fanzines : Parade, Fireworks, … qui sont autant d'essais graphiques, et narratifs. Il aime s'amuser à mixer différentes techniques d'impression souvent aidé par sa complice, sérigraphe chevronée, Séverine Bascouert.

Il entreprend aussi pas mal de projets collectifs qui vont mettrent en valeur le travail d'artistes qu'il affectionne. En premier lieu avec Collection qu'il conçoit avec une bande d'amis artistes qui est une des revues les plus intéressante qui soit. Au sommaire on y retrouve une belle ouverture sur différentes pratiques du dessin contemporain.

Depuis peu il a entrepris avec Alexis Beauclair, Bettina Henni et toujours Séverine Bascouert une revue de BD ( avec un peu de dessin) Lagon qui a fait beaucoup parler d'elle et dont le 2ème opus (sous un autre nom) est dores et déjà fort attendu.

C'est aussi quelqu'un de curieux qui se tient très au fait de l'actualité de la BD tout azimut. Avec lui j'échange régulièrement sur le sujet. On se prête des bouquins et on parle pendant des heures au lieu de travailler.

Bref il me semble naturel dans le cadre de ce panorama d'aller recueillir son avis sur un sujet qui le travaille en permanence. D'autant que son implication et son exigence quand il s'engage est totale. Une qualité que je ne peut qu'apprécier.

sammystein.fr
 sammyste.tumblr.com

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RANDOM d’Abdelkader Benchamma
France - 2014 – co-édition l’Association, le FRAC d’Auvergne et Galerie du jour Agnès B -  39 €

Dans la Death Valley et dans quelque désert californien, un mystère n’a jamais été éclairci : des blocs de pierres lourds comme des hommes se déplacent. Ils parcourent des dizaines de mètres sans que l’on ne comprenne comment, attendant parfois 5 ans entre deux mouvements. Dans Random, première bande dessinée d’Abdelkader Benchamma, de telles pierres apparaissent, se réunissent et forment un monument énigmatique. On assiste aussi à l’éruption puissante de geysers bouillonnants, avant de les voir se geler sur place par un vent pétrifiant. Plus loin, des éclairs, des lasers - malédiction du ciel - percent l’obscurité des ténèbres. C’est une apocalypse inversée, un Big Bang silencieux que l’on suit à travers ces pages au noir magnifique. Et le spectacle est grandiose, pharaonique. Les éléments se déchainent, se transforment, nous invitant à continuer la lecture rythmée par quelques plages de calme. Souvent, le regard est invité à zoomer au cœur des matières, rendant visible l’infiniment petit, avant de revenir crescendo à une scène monumentale.
L’apparition des hommes - petites silhouettes sorties d’un plan d’architecte - fait glisser, pour un court instant, le récit vers une forme plus convenue, comme si une fiction ne pouvait se passer de personnages. Ces humanoïdes donnent une échelle au monde dont on se serait bien passé.
Malgré cette brève apparition vite oubliée, on repart de plus belle dans les méandres de l’espace et du temps, jusqu’à l’explosion finale pour enfin se noyer dans un océan blanc immaculé.
Vers la pureté ou l’anéantissement de toute vie ?

Sa page  sur le site de la galerie d'Agnès B

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NWAI d’Antoine Cossé
France – 2014 – Breakdown Press – 12 £

LA BAIE DES MUTINS d’Antoine Cossé
France – 2014 – L’employé du Moi - 20,90 €

J’ai découvert le travail d’Antoine Cossé lorsque Mathieu des éditions LeMégot m’a prêté NWAI, récit nostalgique d’un amour brisé dont le narrateur ne dit rien sinon la douleur du manque.
La maison, personnage central de l’histoire, qui n’est autre que la mythique Villa Noailles - d’où le titre phonétique, à prononcer NWAï - est progressivement changée en ruine par l’homme solitaire. C’est avec une immense tristesse qu’il entreprend des gestes absurdes : peindre entièrement la villa au marqueur noir, vider la piscine et essayer de la remplir de pisse, briser tous les miroirs…- donnant au récit un certain lyrisme dans la déchéance.
L’imprimante Riso est ici déployée avec intelligence. Le noir et blanc au lavis, magnifié par la trame aléatoire de l’impression, symbolise le présent : maison  déserte, solitude du narrateur. Dans des ronds colorés, parfaitement incrustés dans les décors, apparaissent les fantômes du passé sous les traits d’une jeune femme, faisant ainsi cohabiter simultanément deux temporalités.
Un couple de jeunes gens explorant la demeure vide, vient clore le récit, lui offrant une troisième et dernière saison.

Récemment l’auteur a sorti, en français cette fois, La baie des mutins aux éditions L’Employé du Moi. Si au fil du livre le récit devient plus complexe, la fin n’en devient que plus savoureuse. A nouveau, le rythme de la fiction est malmené, mais tout fini par s’emboiter parfaitement.
Il ne faut jamais se fier aux apparences. Sous un dessin qui peut sembler classique, Cossé expérimente, cherche de nouveaux chemins et crée ses propres systèmes de narration (utilisation dans une même histoire du noir et blanc puis de la couleur, cases dans la case, papier coloré …) et produit des planches admirablement composées.

antoinecosse.tumblr.com

breakdownpress.com

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Druillet rencontre Hergé ( Cliquez pour agrandir)


Druillet et Jodorowki


Druillet parle de Cabu (Cliquez pour agrandir)

 Druillet tacle Mœbius












































DELIRIUM - AUTOPORTRAIT de Philippe Druillet avec David Alliot
France – 2014 - Les Arènes - 17€

Je n’ai jamais vraiment lu les bandes dessinées de Philippe Druillet. Ado, j’ai pu être fasciné par son style mais je ne possédais qu’une version poche d’un de ses livres. J’ai lu il y a quelques mois son autobiographie, intrigué après l’avoir entendu à la radio couper sans arrêt la parole d’une journaliste et parler de lui à la troisième personne.
Je m’étais dit : c’est un homme qu’on aime écouter, dont on estime les dessins, mais qu’on n’aimerait pas connaitre. Delirium, sous-titré autoportrait conte la vie mouvementée du dessinateur.
Philippe Druillet est né de parents militants fascistes, qu’il détestera et dont il aura honte toute sa vie (sa mère lui vantait le charisme d'Adolf Hitler, entre autre). Il participe à l’aventure du journal Pilote et créé Métal Hurlant avec Jean-Pierre Dionnet et Moebius.
Homme au rythme de vie effréné (nuits blanches à dessiner, drogues, alcool, fêtes…), le dessinateur a une grande gueule et ne la ferme jamais. Moebius – qu’il traite d’enfoiré - lui aurait tout piqué. Excessif et ego maniaque (voir à ce sujet, Ennemis intimes de Werner Herzog sur la relation de ce dernier avec Klaus Kinski), il voit le monde à travers le bout de sa lorgnette malade. Son livre dépeint un personnage à la fois désagréable, indiscipliné, tête brûlée mais aussi obstiné, combattant et prêt à tout pour avancer.
L’ouvrage  regorge d’anecdotes croustillantes et délirantes. On y apprend que Druillet a des dons de voyance, qu’il est un brocanteur de talent, qu’il a diné avec François Mitterrand « un sphinx qui a la puissance d’un Terminator ». On apprend aussi que sa bande dessinée Vuzz « est une adaptation de La vie au grand air de Reiser » ou qu’il a refusé de travailler sur les films Dune et Buck Roger, anéanti à cette époque par la mort de sa première femme, Nicole. En  son hommage, il dessinera La Nuit (1975), bande dessinée devenue culte et rééditée en même temps que Délirium, l’année dernière.
Un autre jour, il annule un contrat avec des japonais sous les conseils de son producteur. Finalement, sortira la série San Ku Kaï « entièrement pompé sur mon travail » enrage t-il. Heureusement, il est le premier auteur à vendre ses dessins aux enchères, signe des décors d’opéra, des bijoux de luxe, des meubles (?) et George Lucas préfaça un de ses livres, suite à un simple coup de fil. Maigres consolations mais consolations quand même.

druillet.com

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LAPLANÈTE IMPOSSIBLE de Joseph Callioni
Suisse – 2014 – Atrabile – 19,50€















































ERMIT de Marijpol
Allemagne – 2014 – Atrabile – 23€






LESDERNIERS JOURS D’UN IMMORTEL de Gwen de Bonneval & Fabien  Vehlmann
France – 2010 (réédition 2014) - Futuropolis - 21€

J’avais envie de parler de 3 bandes dessinées de science-fiction qui m’ont intéressé cette année, mais je me  rends compte qu’on m’en a emprunté deux et que c’est Jeremy Perrodeau qui m’avait prêté la troisième. En 2015, si on ne prête plus de films ou de disques, on continue à s’échanger les livres, c’est rassurant.

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Ce n’est pas le dessin qui m’a attiré dans Les derniers jours d’un immortel de Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval, mais la singularité de l’univers dans lequel évoluent les personnages.
Elijah travaille pour la Police Philosophique, dont le but est de régler les conflits entre les terriens et les espèces extra-terrestres n’ayant pas le même système de communication.
Il doit régler une guerre millénaire entre deux races qui menacent de bouleverser l’univers.
Mais comment comprendre les Ganédons, qui ne sont « que des êtres purement vibratoires, des ondes intelligentes » ? Elijah envoie ses clones sur d’autres planètes, croise son ami suicidé depuis un an, fait appel à une spécialiste qui étudie le comique préhistorique, les formes de communications les plus étranges. Des idées sans cesse renouvelées par le scénariste qui font oublier une conclusion un brin décevante.

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Dans Ermite de Marijpol, on choisit aussi l’heure de sa mort, et de quelle façon on va s’éteindre, grâce à une agence de voyage d’un genre nouveau. Bel espoir pour l’avenir! Marijpol entrecoupe ses récits de compositions étranges et semble avoir une passion pour les personnes âgées. C’était déjà le cas avec son premier livre, La roche au tambour.
Ici, dans le futur, la société est composée principalement de vieillards, les enfants y sont des objets de curiosités. La rencontre entre un de ces derniers, une tête sans corps  candidate à la mort et l’ermite indécis, dont le métier est d’accompagner les futurs mourants, est au cœur de l’histoire.
J’ai trouvé au FOFF d’Angoulême 2015, une petite publication en couleur consacrée à la fête d’anniversaire de l’ermite (surprise party for an hermit). Marijpol semble n’en avoir pas fini avec l’étrange personnage au crane fendu en deux qui apparaissait déjà dans l’excellente revue Mould Map en 2011.

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Un dernier conseil de lecture SF: La planète impossible de Joseph Callioni. Il ne faut pas se fier aux costumes des cosmonautes qui de prime abord, semblent sortis d’un album de Mœbius. La ressemblance disparaît totalement à la lecture pour laisser place à un dessin fin et subtil, tout en pointillé. Vaisseau-coquillage, apparition de la vie, absurdité et fantaisie.

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J’ai l’impression d’avoir fait une sélection très orientée SF, alors que je n’en lis pas tant que ça.
Je voulais évoquer les deux albums de Simon Hanselman sortis chez Misma, mais la semaine dernière, j’ai lu le dernier dans un état fiévreux lors d’une nuit d’insomnie. Le malaise qui me poursuivit les jours suivant me fit conclure qu’on ne peut parler avec légèreté de Megg, Mogg & Owl. Peut-être une prochaine fois.

La compilation de courtes bandes dessinées de Gébé rééditée aux cahiers dessinées, J’ai vu passer le bobsleigh de nuit est un miracle, tout comme L’An 01, réimprimé à l’Association. Gébé : une cure au moins une fois par an.